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Quoi ma tomate ?

Les histoires à dormir debout

dimanche 6 septembre 2015, par Klaude Charlier

Il existe plus de 180 variétés de Tomates dont la couleur varie du vert au noir en passant par le jaune, l’orange et toutes les sortes de rouges .

Afsca : « Vous ne pouvez pas vendre vos tomates Catégorie 1, mais Catégorie 2 ; car elles ne sont pas conformes : ni rouges, ni bien rondes »

C’est par un bel après-midi de septembre que deux personnes (un homme et une femme) débarquent inopinément chez moi. Ils nous (j’étais avec mon frère) présentent leurs badges de l’AFSCA (Agence Fédéral pour la Sécurité de la Chaine Alimentaire).
Je suis étonnée, car nous sommes déjà contrôlés par Certisys…
Pour moi, l’AFSCA, c’était des contrôleurs des restaurants, afin d’éviter qu’on nous fasse manger du rat (à la place d’un canard) et une surveillance accrue de l’hygiène dans les cuisines.
Mais que vient-elle faire chez moi, alors que je ne transforme en rien de ce que Dame Nature nous apporte ?
Ce n’est que plus tard, que j’apprends, qu’effectivement, l’Afsca a le droit de débarquer, même chez moi…

Bref, je fais ma « docile de bonne humeur » et réponds à leurs questions.
Cela a duré +ou- 4 heures !...

Dans la serre :

Afsca : « Vous avez le plan de la serre ? »

Moi : « Oui, mais l’invasion des limaces qui ont bouffé tous mes plants d’extérieurs a fait que j’ai du tout remodifier ! C’est comme ça que ma serre ressemble + à une jungle qu’autre chose ! :-D »

Afsca : « Vous avez des fraises des bois, là ? »

Moi : « oui ! :-) »

Afsca : « Vous n’avez pas le droit de les vendre… Ni aucun autre petit fruit. »

Moi : « Ah bon ? Pourquoi ? »

Afsca : « Vous n’avez pas de documents de leurs traçabilités »

Moi (amusée/énervée) : « Bon, bin, je vais dans la forêt lui demander ce papier ! Je reviens ! »

Afsca : « C’est comme pour vos PDT, oignons, échalotes,… + plants à repiquer, pour l’année prochaine, demandez à Semailles le passeport phytosanitaire »

On fait le tour de mes champs extérieurs, mais vu que tout a été bouffé, ça n’a pas duré très longtemps. Mais je devais quand même leur fournir aussi, le plan prévu pour l’extérieur.

Dans mon magasin (en bois) :

Il y avait sur une table, quelques kilos de tomates variées, des poivrons, des courges,…
Toutes les autres étaient vides, et pour cause : très mauvaise année.
Sur mon comptoir : des bouteilles de jus de pomme d’un ami.

Afsca : « Pour la vente d’autres produits que les vôtres, vous aller recevoir un document comme quoi vous êtes autorisée à les vendre, tant que vos partenaires, sont aussi contrôlés par l’Afsca. »
« Vous vendez vos légumes ailleurs qu’ici ? »

Moi : « Oui. Au magasin Bioooh, sur la N4, à Erpent »

Afsca : « Vous ne pouvez pas vendre vos tomates Catégorie 1, mais Catégorie 2 »

Moi : « Heu… une raison à cela ? »

Afsca : « Elles ne sont pas conformes : ni rouges, ni bien rondes »

Moi : « C’est une blague ? Comment faire quand on a cette chance d’avoir des milliers de variétés ?! J’ai de merveilleuses tomates en forme de poire jaune ! »

Afsca : « Pour tous les produits de traitement (pesticides, etc…), il faut une armoire qui ferme à clef ! »

Moi : « Je n’utilise AUCUN produit… »

Afsca : « Nous n’avons rien contre le Round-up ou autre produit, même bio, c’est notre devoir de vous le signaler »
« Vous devez aussi nous contacter, chaque fois que vous planter des salades dans votre serre. »

Moi (avec un grand éclat de rire !!) : « Quoi ?!?! Mais j’en plante toutes les semaines ! Je dois vous appeler toutes les semaines, c’est ça ?!?! »

Afsca : « Heu… C’est vrai que là… Bon bin, prévenez-nous ou indiquez dans votre journal quand vous commencez vos plantations de salades, tomates etc… et indiquez la date du début et la fin des récoltes, et si vous avez plusieurs serres : les numéroter, pour pouvoir indiquer de quelle serre proviennent vos légumes. »

Les « festivités » se terminent en me remettant 15 pages (comme un bulletin scolaire) où je lis en bas de page : « A l’expiration des délais ci-dessus (dont un est : immédiatement), il sera procédé à une ou plusieurs visites de contrôle. J’attire votre attention sur le fait que ces visites constituent des prestations soumises au paiement d’une rétribution conformément aux dispositions… blablabla… En outre, si ces contrôles devaient constater que vous n’avez pas mis fin aux effractions précitées, un procès verbal serait établi à votre charge et notifié au commissaire chargé de proposer le paiement d’une amende administrative. Le Procureur du Roi en sera également informé »

Avant de partir, ils me disent : « Vous savez, on fait ça pour votre bien… Une autre section viendra vérifier votre magasin pour voir si il est dans les normes »

Ils me remettent leurs cartes de visite et au dos, je lis : « Notre mission est de veiller à la sécurité de la chaîne alimentaire et à la qualité de nos aliments, afin de protéger la santé des hommes, des animaux et des plantes »

Petite parenthèse : Quand on pense qu’un représentant de Monsanto (Dr Robert Fraley) a récemment (octobre 2013) reçu un prix Nobel de l’alimentation et de l’agriculture, on constate, une fois de plus que notre monde est habité par de nombreux scandales…

Quelques semaines plus tard, avec mon père, nous décidons d’envoyer une lettre comme quoi nous cessons toute activité de ventes de légumes bio, chez Certisys et l’Afsca.

Nous ne tolérons pas d’être « fliqués » à ce point et encore moins de payer un seul centime à un système qui va à l’encontre du Vivant…

Muriel Desclée